Mardi dernier, madame la proviseur du lycée Pablo Picasso avait aimablement proposé à
l'Association pour la Protection des Ruines Roussillonnaises d'effectuer quelques repérages
au cours d'une visite officielle dans son établissement, en vue d'une éventuelle restauration de l'édifice.
Profitant de cette aubaine, Mlle Febre s'est rendue sur place dans la matinée, accompagnée de Monsieur JPG, de Monsieur Combes et de moi-même. Nous nous étions également munis de divers appareils (hydrographes, sondes, pinceaux, ABF...) afin de mesurer les stades de délabrement subis par les murs.
Lorsque nous pénétrâmes dans ce bâtiment (aujourd'hui occupé par l'administration du lycée), le c½ur serré à l'idée de fouler les mêmes sols centenaires que la princesse Borghese, la réalité nous rappella brusquement à elle, happant toutes nos illusions en un instant !
Les locaux, dépouillés à l'extrème, semblaient à première vue aussi anodins que n'importe
quel hall d'HLM ! Un crépi infâme recouvrait la plupart des murs, une épaisse couche de
lino cachait les sols de marbre, sans parler des lambris et autres formicas !
Mais vous connaissez la détermination des membres de l'APRR, et la petite équipe se mit
aussitôt au travail. Pour plus de précision, je retranscris ci-apres des extraits du compte
rendu rédigé par mademoiselle Fèbre :
"Avant même de commencer les premiers prélévements, nous étions désespérés par l'état
d'altération que présentait ce décor, suite aux assauts consécutifs du temps, d'architectes véreux et de générations d'habitants peu soucieux du glorieux passé de leur demeure. [...]
A cause des successions d'innondations et de sécheresse subies par l'ancien château, les
supports, devenus pulvérulents, ont commencé à s'affaisser en même temps que les tons
de la peinture s'estompaient sous l'accumulation de poussières grasses multiséculaires.
L'étude préalable dévoila les techniques de réalisation de l'ensemble et confirma son très
mauvais état de conservation générale, sans parler des zones dissoutes par les infiltrations !
[...]Cependant, l'enduit soutenant les fresques murales ayant relativement bien résisté à
l'humidité, conserve la marque des tracés préparatoires ; ce qui devrait permettre leur
restitution sans aucune marge d'incertitude."
Les rapides examens ont également permis de nous éclairer sur les méthodes utilisées
pour la mise en place des éléments décoratifs, comme nous l'explique Monsieur Combes,
historien, archéologue et conservateur des Antiquités et objets d'Art du Roussillon :
"Nous sommes en présence d'un décor à technique mixte, associant la fresque, la détrempe et la dorure [...] La fresque fut réalisée très traditionnellement par application de pigments sur une couche d'enduit (pontate). Les motifs en relief, marqués à la cordelle ou à la pointe sèche, comportent par endroit les célébres emblèmes Napoléonien : l'Aigle de style carolingien, et les abeilles d'or.
[...]Les couches de peinture et les valeurs de lumière furent réalisées ensuite à la détrempe, sur l'enduit sec, afin de cerner les motifs tracés a fresco. Contrairement à la légende, le pigment retrouvé au Clos Banet est une azurite, à base de cuivre, et non le lapis-lazuli, dont l'utilisation aurait coûté beaucoup plus cher, du fait de sa rareté."
De plus, les membres de l'APRR n' ont pas manqué de déplorer l'absence de plaque commémorative ou de toute autre élèment qui aurait permis de renseigner les étudiants sur l'important rôle joué par leur établissement scolaire dans le passé.
Je ne vous cacherais pas, pour terminer, que les archeologues les plus radicaux de l'association souhaitaient ardemment voir le lycée déménager, afin de ne plus empiéter sur leur terrain de fouille...
R. Nahoj